jeudi 18 juin 2009

Le Sahara Occidental - Emission du 16/04/08 - Episode 6

Patrick Pesnot : Et aujourd’hui alors, on en est toujours là ?

Monsieur X : Oui, même si on a constaté des avancées comme la libération par le Polisario de prisonniers marocains détenus depuis plus de 20 ans. Alors certes, on continue à discuter. Encore tout récemment, certains imaginent une sorte d’autonomie élargie qui serait accordée aux Sahraouis au sein du royaume chérifien. Mais ce que veut le Front Polisario, c’est l’indépendance, un point c’est tout.

PP : Il est douteux qu’ils renoncent à cette revendication.

X : C’est ce que je pense, parce que l’existence même du Front repose là-dessus.

PP : Alors c’est l’impasse ?

X : Une impasse douloureuse. Et d’abord pour tous ces réfugiés sahraouis qui vivent misérablement sans grande fortune du côté de Tindouf. Même si depuis les années 90, le Maroc a très largement développé les infrastructures du Sahara Occidental qu’elle a annexé : hôpitaux, routes. Il est à redouter pour tous les sahraouis que la pression internationale se fasse de plus en plus forte. A cause du pétrole d’abord. Les compagnies pétrolières ont fait des recherches. Elles se sont même vues octroyées des concessions. Mais elles ont peur de commencer l’exploitation.

PP : Peur pourquoi?

X : Si leurs concessions ont été octroyées par le Maroc, elles risquent des représailles de la part du Polisario. Des attentats par exemple. Et dans le cas contraire, ce sont les autorités marocaines qui pourraient leur créer de sérieux ennuis. Et c’est pourquoi devant cet interminable échec, les jeunes générations de sahraouis pensent à reprendre le combat armé. Au risque réel de s’attirer les foudres des Etats-Unis qui voient des terroristes partout et qui ne demanderaient pas mieux que de les assimiler aux cellules d’Al-Qaida Maghreb dont ils ne cessent de dénoncer les menaces… vraies ou fausses. Mais quand il y a du pétrole dans les environs, la vérité n’a plus grand sens…
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Pour terminer, je vous propose un court extrait d’un reportage effectué en février dernier (2008) par la journaliste du Monde, Florence Beaugé. Elle décrit la vie des 158 000 réfugiés des camps de Tindouf : « Nourriture, vêtements, médicaments, tout leur vient de dons, beaucoup en provenance d’Espagne. Pas d’eau courante, les habitants se ravitaillent dans de petites citernes en zinc alimentées chaque jour par camions. Quant à l’électricité, ils la tirent de panneaux solaires installés sur le sol. La vie dans ces camps de Tindouf est incroyablement dure. Il y fait froid l’hiver. La nuit, le thermomètre descend souvent en dessous de zéro. Une chaleur écrasante l’été. 50° à l’ombre. Les vents de sable rendent l’atmosphère irrespirable, mais le pire pour tous ces réfugiés sahraouis, c’est l’attente.
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Livres:

Le Sahara Occidental de Laurent Pointier
Éditeur : Karthala
Parution : 2004

Les officiers de sa Majesté de Mahjoub Tobji
Éditeur : Fayard
Parution : 2006

lundi 15 juin 2009

Le Sahara Occidental - Emission du 16/04/08 - Episode 5

Monsieur X : Il est évident qu’ils ne peuvent pas approuver. La réplique du Polisario ne se fera pas attendre. Peu après la conférence de Madrid, le Front annonce la création de la RASD, c'est-à-dire : la République Arabe Sahraoui Démocratique, aussitôt reconnue par l’Algérie. Ce qui entraine la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Alger, et même peu après, une rupture du Maroc avec l’OUA. L’Organisation de l’Unité Africaine qui va elle aussi reconnaitre le nouvel état.

Patrick Pesnot : Un nouvel état, mais un état virtuel car ils n’administrent pas le Sahara Occidental.

X : C’est vrai. Les dirigeants se trouvent à l’extérieur, à Tindouf.

PP : Donc en Algérie.

X : Et c’est le début d’une véritable guerre qui va opposer le Maroc au Polisario. Le Maroc, qui entre temps mettra la main sur le sud du territoire car la Mauritanie déchirée par des conflits internes ne sera pas en mesure de défendre la partie qui lui a été allouée à Madrid. En passant un accord de défense avec le Maroc, Nouakchott (capitale de la Mauritanie) abandonnera la partie. Toutefois, à l’issue d’un putsch, le nouveau pouvoir mauritanien remettra au moins en théorie sa portion de Sahara Occidental au Polisario.

PP : Alors cette guerre ?

X : Ça commence donc par l’entrée de l’armée marocaine dans cette partie du pays.

PP : Le Sud.

X : Les troupes marocaines regroupent alors 100 000, peut-être, 150 000 soldats.

PP : C’est considérable.

X : Surtout si on songe qu’en face le Front Polisario ne compte que 15 000 combattants. Mais malgré ce déséquilibre en nombre, les Sahraouis très mobiles et qui ont une très bonne connaissance du terrain infligent de lourdes pertes aux marocains. Et puis grâce à l’Algérie et à la Lybie, ils disposent d’équipements performants. En outre, l’armée marocaine qui est placée sous les ordres d’un autre protagoniste de l’affaire Ben Barka, le général Dlimi, ne brille guère par son efficacité.

PP : Pour quelles raisons ?

X : Elle est minée par la corruption. De nombreux officiers envoyés là-bas pensent d’abord à s’enrichir. En plus les exactions, dont elle se rend coupable sur la population, poussent de nombreux sahraouis à fuir ou à se réfugier dans les rangs du Front Polisario. En tout cas, en 1979, tout cela a pour conséquence une grave défaite de l’armée marocaine dans l’Est à Smara. Ça permet au Polisario de récupérer à peu près 20% du territoire du Sahara Occidental.

PP : A l’Est bien sûr.

X : Oui, une bande de terre collée près de la frontière algérienne. Mais Rabat riposte immédiatement en construisant un mur de protection autour du Sahara Occidental.

PP : Un nouveau mur de Berlin ?

X : Non, parce que le Maroc n’en a pas la possibilité sur une longueur de 2 000 kilomètres. Il n’empêche qu’avec l’aide de la France et des Etats-Unis l’armée marocaine édifie un mur de sable hérissé de radars et truffé de mines. Une construction qui n’est pas entièrement hermétique mais qui rend plus difficile les incursions des combattants du Front Polisario.

PP : Et pourquoi l’aide française ?

X : Dans cette affaire sensible, la France a généralement soutenue le Maroc, même si à gauche, on avait plutôt des sympathies pour le Polisario.

PP : A cause du caractère colonial de l’occupation marocaine.

X : Evidement. En tout cas, au moins sur le plan militaire, la situation demeure figée à partir du début des années 80 et jusqu’au cessez-le-feu qui intervient en 1991 sous les auspices de la mission militaire de l’ONU.

PP : Une mission d’interposition.

X : Et qui se trouve là-bas depuis maintenant 17 ans.

PP : 17 ans…

X : Oui, l’affaire se déroule depuis presque uniquement sur le terrain de la diplomatie si on excepte quelques poussées de fièvre indépendantiste toujours durement réprimée par les forces marocaines.

PP : Et c’est l’ONU qui a pris les choses en main.

X : Principalement. L’ONU essaiera à de multiples reprises mais toujours en vain de trouver une solution acceptable pour toutes les parties. Songez que pour cette seule question du Sahara Occidental, l’ONU pondra une cinquantaine de résolutions.

PP : Et sans aucun résultat…

X : Et il y aura toujours à l’initiative de l’organisation internationale des tentatives de procéder enfin à une consultation électorale mais il n’y a jamais eu d’accord sur la définition du collège électoral.

PP : A cause du nomadisme des Sahraouis.

X : Pas seulement. Les marocains, qui n’ont acceptés cette idée que contraints et forcés, ont voulu associer au scrutin des tribus maures vivant dans le sud du Maroc. C’était bien sûr inacceptable pour le Front Polisario qui ne leur reconnaissait pas la qualité de citoyen sahraoui.

(à suivre)

jeudi 11 juin 2009

Le Sahara Occidental - Emission du 16/04/08 - Episode 4

Monsieur X : Front Polisario, cela veut dire « Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro »

Patrick Pesnot : C'est-à-dire les deux provinces qui forment le Sahara Occidental.

X : Qui à l’époque est encore espagnol. Son meneur s’appelle Mohamed Abdelaziz et il s’oppose aux prétentions territoriales de la Mauritanie et du Maroc.

PP : Lui il est d’abord Sahraoui.

X : Oui mais il doit préalablement se battre contre l’occupant espagnol. Et l’acte fondateur du Polisario a lieu en mai 1973, lors d’une action éclaire contre un avant poste espagnol où sont détenus des opposants Sahraouis.

PP : C’est donc une véritable confrontation armée qui s’esquisse.

X : Oui et le Front Polisario bénéficie de deux alliés de poids : l’Algérie et la Libye, parrains de ce nouveau mouvement indépendantiste qui se dote d’un bras armé : l’armée de libération populaire sahraoui. A partir de cette création, les événements vont se précipiter.

PP : C'est-à-dire ?

X : En Espagne, le régime franquiste décline et il va connaitre son agonie en même temps que son chef historique, le général Franco…

PP : … qui meurt en novembre 1975.

X : Et l’Espagne malgré quelques déclarations viriles va se désintéresser du sort du Sahara Occidental qu’elle finira par abandonner en 1976. Préalablement, les instances internationales, via la cour de justice de La Haye, sont invitées à se prononcer sur le destin de ce territoire. Il en résulte un avis mi-chèvre mi-chou.

PP : Expliquez.

X : Les magistrats internationaux tout en prônant un scrutin d’autodétermination reconnaissent du bout des lèvres qu’il existe des liens d’allégeance historiques entre les autorités marocaines et les tribus sahraouis. Hassan II en profite aussitôt. Pour faire pièce à la montée en puissance du Front Polisario, il imagine une opération géniale : la fameuse Marche Verte, un mouvement de foule sans précédent dans la région.

PP : Pas un mouvement spontané…

X : Non. Tout est organisé par Rabat. Et au nom de cette cause sacrée, selon les mots même de Hassan II, plus de 300 000 marocains vont prendre la direction du Sahara Occidental.

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Le journal Le Monde sous la signature de Jean-Pierre Tuquoi rend ainsi compte de cette Marche Verte précédée le 5 novembre 1975 par une adresse du roi Hassan II à son peuple. « Demain, dit le souverain à son peuple, tu fouleras de tes pieds une partie du sol de la patrie. Demain, tu franchiras la frontière par la volonté de Dieu. Dès que tu l’auras franchie, je veux que tu fasses tes ablutions avec le sable et que tu pries tourné vers La Mecque pour rendre grâce au très haut. La Marche Verte est pacifique. Si dans cette foule sans arme tu rencontres un espagnol, civil ou militaire, échange avec lui le salut et invite-le sous la tente à partager le repas. Nos intentions ne sont nullement belliqueuses et nous répugnons à toutes effusions de sang. S’il tire sur toi, poursuis ta marche, armé de ta seule foi que rien ne saurait ébranler. Et s’il advient que des agresseurs autres qu’espagnols entravent ta marche, sache que ta valeureuse armée est prête à te protéger. » « En réalité, continue Tuquoi, le soir même dès minuit, les premiers marcheurs marocains sont amenés en camion au poste frontière de Tah. Après s’être brièvement arrêtée de l’autre côté de la frontière du Sahara Occidental pour réciter des prières, la cohorte s’ébranle et foule le sol désertique de la colonie espagnole revendiquée par Rabat. Le jeudi matin, ils se sont enfoncés d’une dizaine de kilomètres à l’intérieur de la colonie espagnole et le flot ne cesse de grossir. Ils sont déjà plusieurs dizaines de milliers de jeunes à avancer, enthousiastes, le Coran dans une main, le drapeau marocain dans l’autre. Ils seront 350 000 dans quelques jours. »
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X : La Marche Verte, on le sait, n’a nullement été improvisée. Des trains spéciaux, des autocars et des camions ont été réquisitionnés et tout a été prévu pour que les marcheurs ne souffrent ni de la faim, ni de la soif.

PP : Une sorte de croisade ?

X : Oui. Et en dehors même de la question du Sahara Occidental, Hassan II, comme il l’a fait dix ans plus tôt, réalise une opération politique excessivement habile. Il réunit en effet sous la bannière royale tous les partis politiques marocains.

PP : Il les a tous embobinés si vous me passez l’expression.

X : Oui, c’est à peu près ça. Et désormais rare seront ceux au Maroc qui oseront critiquer l’annexion du Sahara Occidental qui se dessine. Mais le roi est en même temps victime de son succès.

PP : Que voulez-vous dire là ?

X : Et bien il doit faire face à une surenchère de la gauche qui le prend au mot : « si vous voulez bien vous emparer de cette terre marocaine, faites ce qu’il faut pour y parvenir. »

PP : Une intervention militaire ?

X : Oui, contre les garnisons espagnoles qui défendent le Sahara Occidental. Mais sagement, Hassan II ne donne pas suite. Et d’abord parce qu’il sait que l’armée royale n’est pas de taille à affronter les forces espagnoles qui mobilisent pour éventuellement repousser une attaque marocaine. Par ailleurs, le roi subit les admonestations de l’ONU qui n’a guère apprécié la Marche Verte et essuie aussi de vives critiques des algériens qui dénoncent une opération aventureuse et grosse de risques pour toute la région.

PP : Et ça, c’est une sorte de menace ?

X : Et Hassan II la prend comme telle. Quatre jours après le début de la Marche Verte, il siffle la fin de la partie.

PP : Les marcheurs rentrent chez eux. Alors bilan de l’opération ?

X : Le roi marocain a incontestablement marqué des points, chez lui mais aussi à l’extérieur, car il a pris date. Et les résultats ne se font pas attendre. Dès le mois de février de l’année suivante, une conférence tripartite réunit à Madrid les représentants du Maroc, de la Mauritanie et bien entendu de l’Espagne. Elle aboutit à un accord au terme des quelles l’Espagne se désengage du Sahara Occidental qui sera provisoirement administré par les trois pays.

PP : Et les Sahraouis n’ont pas été associés à cette conférence ?

X : Ce sont en effet les grands absents même si, bien sûr, on leur a fait la promesse de les respecter.

PP : « Les respecter », c’est une promesse qui ne veut pas dire grand-chose.

X : Effectivement. En tout cas, tandis que la Mauritanie au Sud et le Maroc au Nord se partagent le Sahara Occidental, il n’est plus question de ce scrutin d’autodétermination recommandé par l’ONU et que Rabat réclamait à grand cri quand le territoire se trouvait encore sous le joug espagnol. D’ailleurs, bientôt, l’ONU déclarera que cet accord tripartite est nul et non avenu.

PP : Et l’Algérie et son protégé le Front Polisario ?

(à suivre)

samedi 16 mai 2009

Le Sahara Occidental - Emission du 16/04/08 - Episode 3

Patrick Pesnot : Dès cette époque, le roi du Maroc considère donc que le Sahara espagnol appartient à son pays mais comment justifie t’il cette assertion?

Monsieur X : Il utilise deux arguments. D’abord il juge qu’il y a une continuité géographique entre le Maroc et le Sahara Occidental.

PP : La Mauritanie peut en dire autant au sud.

X : Ensuite, Hassan II mais aussi la majorité des marocains mettent en avant qu’au sud de leur pays vivent des Maures qui sont apparentés aux nomades sahraouis.

PP : Là encore la Mauritanie…

X : Vous avez raison, mais vous verrez par la suite que ce pays devra abandonner ses ambitions. En tout cas, ce qui est intéressant c’est qu’au cours de cette période qui va de 1965 jusqu’au retrait espagnol, les autorités marocaines collent parfaitement aux recommandations ou injonctions de onusiennes. Et je veux souligner en particulier que le Maroc approuve par conséquent le principe du scrutin d’autodétermination prévu par l’ONU. Il en ira tout autrement lorsque c’est Rabat qui tirera les ficelles au Sahara Occidental.

PP : J’imagine que tant la Mauritanie que le Maroc, deux pays qui ont des vues sur le Sahara occidental, doivent susciter ou aider des mouvements hostiles à la colonisation espagnole.

X : C’est évident. Il se crée en effet deux organisations. L’une soutenue par la Mauritanie, l’autre par le Maroc qui entendent créer des difficultés à l’administration espagnole. Et Madrid riposte à sa façon en organisant un référendum.

PP : Une vraie consultation?

X : Non, les dés sont pipés. Et seule une infime partie de la population sahraouie est appelée à voter.

PP : Et le résultat est favorable à l’Espagne?

X : Forcément. Mais ça renforce la volonté de Madrid d’intégrer les populations autochtones.

PP : Madrid qui n’envisage donc pas du tout de décoloniser.

X : Et qui exploite maintenant méthodiquement les ressources minières du territoire.

PP : Oui les phosphates.

X : Mais c’est aussi la même époque qu’il commence à se dire que le sous-sol du Sahara Occidental pourrait bien détenir du pétrole. Les espagnols accroissent donc la pression politique sur les Sahraouis et leurs chefs de tribus en espérant aboutir à assimiler ces nomades.

PP : Mais dans un contexte général de décolonisation, comment les espagnols peuvent-ils encore penser qu’ils pourront longtemps occuper cette colonie?

X : C’est vrai qu’ils agissent à contre courant. Et remarquez le bien avec leur voisin portugais, ils seront les derniers européens en Afrique à lâcher prise. Mais les faits sont là. Et au risque de me répéter, je vous rappelle que Franco est encore au pouvoir. Franco et son implacable successeur désigné Carrero Blanco.

PP : Le chien de garde du régime, l’homme qui sera assassiné par les indépendantistes basques en 1973.

X : Mais tout au long de ces années 60, comme je vous l’ai expliqué, le sentiment national progresse dans l’esprit des Sahraouis.

PP : La prise de conscience de leur condition de colonisés.

X : Oui, mais aucune des organisations indépendantistes, qui voient le jour, ne sont capables de s’opposer militairement aux espagnols qui ont considérablement renforcé leur présence armée au Sahara Occidental. D’autant que ces mouvements sont divisés et que le nomadisme de ces populations ne favorise ni la mobilisation ni la cohésion de ces factions revendicatrices.

PP : Et il existe quand même quelques villes.

X : Oui et vous avez raison d’évoquer ce point car ces villes, que rejoindront des réfugiés, seront des abcès de fixation pour les indépendantistes.

PP : Et ces réfugiés alors d’où viennent-ils ?

X : Ceux sont des Sahraouis qui fuient la répression des autorités coloniales. Une répression qui va, comme partout ailleurs, permettre de cristalliser la revendication nationaliste et l’émergence d’une intelligentsia formée par de jeunes hommes qui sont partis faire leurs études à l’étranger, souvent en Espagne d’ailleurs ou au Maroc, ce qui ne va pas s’en poser quelques problèmes à la monarchie…

PP : Pourquoi ?

X : Parce que ces jeunes gens rejoignent presque naturellement leurs condisciples marocains qui contestent le régime et l’autorité de Hassan II. Ils font donc l’objet d’une surveillance policière assidue. C’est d’autant plus vrai que ces intellectuels ne voient pas d’un très bon œil la tutelle que le Maroc voudrait imposer aux mouvements indépendantistes. Ils ont raison de se méfier car Rabat n’envisage de soutenir que ceux qui se prononce pour le rattachement du Sahara Occidental au Maroc. Certains de ces intellectuels n’hésiteront pas à dénoncer une connivence inavouable entre les autorités marocaines et espagnoles.

PP : Et vous parliez de la répression exercée par Madrid…

X : Oui en 1970. Deux milles Sahraouis se rassemblent pacifiquement près de Smara, pas très loin de la frontière marocaine. Ils veulent adresser une pétition au gouverneur…

PP : Gouverneur espagnol. Et de quoi est-il question ?

X : De la reconnaissance de leurs droits. Le pouvoir colonial réagit avec vigueur et ordonne à la troupe de tirer à balles pour disperser le rassemblement. Une dizaine de Sahraouis tombe et dans la nuit les forces d’occupation enlève le leader de ce mouvement de protestation. Un certain Mohammed Bassiri que personne ne reverra.

PP : Assassiné ?

X : Vraisemblablement. Du coup, ce Bassiri devient un martyr de la cause Sahraoui. Le Polisario créé trois ans plus tard en fait d’ailleurs l’un de ses mentors. Quoi qu’il en soit, les évènements de Smara radicalisent le mouvement indépendantiste et incite de nombreux Sahraouis à trouver refuge à Tindouf, au-delà de la frontière algérienne. C’est très important parce que cela permet à un nouvel acteur de jouer sa partie dans cette affaire.

PP : L’Algérie.

X : Bien évidemment. L’Algérie qui a toujours entretenue des rapports difficiles avec son voisin marocain et qui elle-aussi a les yeux braqués sur les ressources du Sahara Occidental… et sur son accès à l’Atlantique.

PP : Elle est donc impliquée à cause de la présence en son territoire des camps de réfugiés de Tindouf.

X : Et elle n’est pas étrangère à la création du Front Polisario en 1973.

PP : Alors ce Front, expliquez-moi.

(à suivre)

lundi 11 mai 2009

Le Sahara Occidental - Emission du 16/04/08 - Episode 2

Patrick Pesnot : Alors là, vous parliez des indépendantistes au Sahara Occidental, colonie espagnole, existe-t-il un mouvement nationaliste?

Monsieur X : Constitué en tant que tel? Non. Mais il est certain que l’évolution des pays du Maghreb va favoriser cette éclosion. D’autre part la colonisation espagnole de plus en plus pesante accentue cette tendance et va lentement fonder l’identité sahraouie. Et ça s’explique aisément. Ca commence par la revendication purement territoriale.

PP : Oui la réappropriation purement géographique.

X : Et ça se transforme peu à peu en affirmations culturelle et nationaliste.

PP : Alors en exagérant un peu, peut-on dire que la notion de peuple sahraoui est née à cause la colonisation?

X : C’est en effet dans la lutte que cette idéologie nationale s’est affirmée. Et ensuite bien sûr c’est dans l’opposition à une autre forme de colonisation, celle du Maroc, que cette revendication nationaliste s’est renforcée.

PP : Une remarque, les marocains ont toujours nié qu’il s’agissait d’une colonisation.

X : Je sais mais si vous voulez bien, on reverra ça de plus près. Dès 1953, soit plusieurs années avant l’indépendance du Maroc, on voit apparaitre l’ALM, une Armée de Libération Marocaine, forte de plusieurs milliers d’hommes. Elle a pour vocation à la fois de combattre la France et l’Espagne et à louer des liens très étroits avec le FLN algérien. D’ailleurs ses initiateurs ont l’ambition de créer une grande fédération maghrébine.

PP : Ce qui ne se fera jamais.

X : En particulier à cause de la question sahraouie d’ailleurs. Cette ALM se montre particulièrement active et organise des attentats et des sabotages essentiellement dans le Rif. Puis après que l’indépendance marocaine est acquise, elle s’en prend au Sahara espagnol. Et son action est jugée suffisamment inquiétante pour que la France et l’Espagne unissent leur force pour l’éliminer.

PP : L’Espagne je veux bien, mais la France pourquoi?

X : Parce qu’elle craint la contagion en Mauritanie qui est encore une dépendance française. Les deux pays mettent donc au point une opération militaire conjointe qui en février 1958 met hors d’état de nuire l’ALM dans de très violents combats au Sahara. Et aussitôt après, l’Espagne informe l’ONU que les territoires soumis à sa souveraineté…

PP : Quoi, le Sahara espagnol?

X : Et la petite enclave d’Ifni au sud du Maroc seront désormais administrés comme ses provinces de métropole.

PP : Ca signifie que l’Espagne, pourtant si longtemps désintéressé par le Sahara Occidental, entend s’en occuper très sérieusement.

X : C’est ça. Exactement comme si le colonisateur découvrait soudain que son Sahara, laissé si longtemps en déshérence, méritait enfin qu’on l’exploite. Et Franco entend y conduire des mesures d’intégration coloniale.

PP : Intégration des populations?

X : Y compris par la force.

PP : Et la réaction de l’ONU?

X : Elle réplique fermement que pour l’organisation internationale les territoires Ifni et Sahara sont des colonies et relèvent donc du comité de décolonisation de l’ONU. Ca veut dire que les populations locales devront être consultées via un référendum d’autodétermination. Et comme Madrid ne veut rien entendre, des sanctions sont envisagées. C’est très important car cette intervention onusienne marque le début de l’internationalisation de la question du Sahara Occidental.

PP : Internationalisation, pourtant pour l’instant seule l’Espagne est concernée?

X : Détrompez-vous. Deux autres acteurs ont très envie de rentrer dans le jeu. Deux états qui ont appréciés au plus haut point la résolution de l’ONU mais pour des raisons radicalement différentes. La Mauritanie d’abord, devenue à son tour indépendante, elle se verrait bien attribuer une partie du Sahara Occidental au nom de la proximité géographique et ethnique qui la lie à ce territoire. On parle la même langue, le Hassaniyya des deux côtés de la frontière.

PP : Et les hommes m’avez-vous dit sont issus à peu près des mêmes ethnies.

X : A l’exception bien sûr des tribus noires qui habitent le sud de la Mauritanie. L’autre état, c’est naturellement le Maroc. A Rabat, ils sont déjà nombreux à considérer que le Sahara Occidental est un prolongement naturel de leur pays.

PP : Et donc une partie intégrante du Maroc.

X : Oui cette idée va faire insidieusement son chemin. Et le roi Hassan II va l’exploiter très malignement en faisant un objectif de politique intérieure.

PP : C'est-à-dire?

X : En 1965, le gouvernement marocain doit faire face à d’importantes manifestations, initiées d’abord par les étudiants et les lycéens. Elles vont bientôt gagner l’ensemble du pays.

PP : Et que réclamait les manifestants?

X : Ils protestaient contre la hausse du coût de la vie. La répression a été à la hauteur de l’ampleur de cette opposition. Et d’après les observateurs, on comptera un millier de morts. Mais ça ne vous étonnera pas puisque le ministre de l’Intérieur était le général Oufkir.

PP : L’homme qui porte une responsabilité sur la disparition de Ben Barka.

X : Et notez bien que les deux évènements se sont passés la même année, en 1965.

PP : Et ce n’était pas un hasard?

X : Non, car Ben Barka était le principal opposant au régime. Même s’il avait dû s’exiler pour échapper à la redoutable police d’Oufkir. Le roi est donc mis sérieusement en difficulté, mais il fait front. Il dissout l’assemblée, s’octroie les pleins pouvoirs et surtout il se sert de la question du Sahara Occidental.

PP : Oui mais de quelle façon?

X : Il flatte le nationalisme de ses sujets en annonçant que le Maroc doit en finir avec le colonialisme et donc parachever l’intégrité de son territoire.

PP : Et là c’est l’Espagne qui est visée.

X : L’Espagne qui détient encore des enclaves au nord et surtout au sud, Ifni et le Sahara Occidental.

PP : C’est donc soyons clair pour le roi une manière de détourner la colère des marocains

X : Exactement. Et malheureusement, ça marche. Et ça marchera de nouveau dix ans plus tard.

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Le chercheur Laurent Pointier est un spécialiste du Maghreb, en 2004 il a publié Le Sahara Occidental aux éditions Karthala. Pointier y évoque d’abord les manifestations de 1965: « C’est à la suite de ces évènements intérieurs qu’Hassan II décide d’inscrire la question du Sahara espagnol à l’ordre du jour de la 20ème session de l’assemblée générale des Nations Unis. Immédiatement, celle-ci se calque sur la position du comité de décolonisation et adopte sa première résolution le 16 décembre 1965. Elle demande à l’Espagne de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour libérer l’enclave d’Ifni et le Sahara espagnol, et d’engager avec les pays limitrophes des négociations sur les problèmes de souveraineté que posent ces deux territoires. C’est au terme de cette résolution que l’ONU reconnait officiellement au Maroc, à la Mauritanie et à l’Algérie la qualité de pays concerné ou intéressé par la question du Sahara espagnol mais sans que cela altère d’une façon ou d’une autre le droit d’autodétermination des populations du territoire. »
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(à suivre)

Livre
Le Sahara Occidental par Laurent Pointier
éditeur : Karthala
parution : 2004

jeudi 7 mai 2009

Le Sahara Occidental - Emission du 16/04/08 - Episode 1

La blague circule sous les tentes des nomades sahraouis: "Le jour du Jugement Dernier, aux portes du royaume des cieux, Dieu garde les vertueux et met de côté les mauvais. Reste un groupe d'hommes auxquels il demande de se présenter. «Nous sommes les Sahraouis » répondent-ils - «Ah ! alors installez-vous là avec vos tentes, le temps que je décide de ce que je vais faire de vous »."

Comme souvent, sous la plaisanterie, il y a une réalité, le sort de quelques centaines de milliers d’êtres humains qui vivent souvent dans des conditions misérables. Une population africaine qui, pour au moins une partie d’entre elle, ne subsiste que grâce à l’aide internationale dans des camps de fortune installés en territoire algérien.

Pour tous ces gens, l’attente est interminable. Mais ils ne voient toujours rien venir tant la solution qui permettrait de soulager enfin leur sort semble impossible. Malgré les négociations, malgré les missi dominici de l’ONU, malgré les armes qui parlent encore dans cette région désolée de l’ouest du Sahara. Et pourtant ce territoire oublié mais convoité préoccupe au plus haut point le monde occidental. Ne serait-ce que parce qu’il est riche de promesses pétrolières et que les Etats-Unis, à tort ou à raison, y voient grossir la menace d’Al-Qaïda.

Monsieur X : On l’appelle le Sahara Occidental, une bande de terre quasi-désertique qui longe l’océan Atlantique au sud du Maroc, au nord de la Mauritanie et à l’ouest de l’Algérie. 260 000 km² de dune et de cailloux avec parfois quand même quelques oasis.

Patrick Pesnot : C’est ce qu’on a appelé aussi le Sahara espagnol.

X : C’est exact. Et je vais vous expliquer pourquoi.

PP : Et la population?

X : Ce territoire est celui des Maures qu’on nomme sahraouis à cet endroit précis. Une population généralement nomade auquel ce sont ajoutés depuis les années 90 de nombreux colons marocains. Au total on estime que 350 000 personnes vivent au Sahara Occidental.

PP : Une densité d’un peu plus d’un habitant au km².

X : Oui et principalement regroupés pour les sédentaires en tout cas au nord près de la frontière marocaine. Au reste il faut le dire tout de suite ce territoire désertique n’est pas si déshérité qu’on pourrait le penser. Il y a d’abord les ressources de la mer, la côte est particulièrement poissonneuse. Et puis il faut aussi compter avec les phosphates, la principale richesse minière de cette région. Enfin il y a le pétrole sous la mer mais peut-être aussi dans le sous-sol. Cependant son exploitation ne pourra vraiment commencer que lorsque les questions politiques seront résolues.

PP : Mais cette ressource suscite déjà de nombreux intérêts.

X : Bien entendu, pour des raisons géographiques évidentes. Pour les Etats-Unis mais aussi pour l’Europe, le pétrole pourrait être transporté à moindre frais.

PP : D’autant que le monde occidental rêve de ne plus dépendre aussi étroitement du pétrole du Moyen-Orient.

X : Alors quand on s’intéresse au destin du Sahara Occidental, il faut tenir compte de toutes ces données. Çà et la question du terrorisme, mais on en reparlera. Alors si vous le voulez bien, un peu d’histoire. C’est à la fin du 19ème siècle que les espagnols s’installent sur la côte. Une implantation autorisée par la conférence de Berlin, où les grandes Puissances européennes se sont partagées l’Afrique. Pour Madrid cette conquête semble presque naturelle étant donnée leur présence déjà ancienne dans les îles Canaris.

PP : Au large du Sahara…

X : Les espagnols débarquent donc au Sahara Occidental mais ils ne sont pas très bien accueillis, c’est le moins qu’on puisse dire par les populations autochtones.

PP : Des nomades ?

X : Des Maures. Des guerriers farouches qui vont bataillés pendant des décennies contre les troupes espagnoles. C’est pourquoi les européens se contentent de rester sur la côte et s’abstiennent de coloniser l’intérieur. D’ailleurs la pacification n’interviendra que très tardivement dans les années 30. A l’époque où pour sa part la France en termine avec la conquête militaire de la Mauritanie, ce qui n’ira pas sans difficulté avec l’Espagne.

PP : Pourquoi?

X : Rivalités traditionnelles entre puissances coloniales. Les espagnols refusent par exemple aux français d’exercer un droit de poursuite dans leur colonie.

PP : Lorsqu’ils traquent les rebelles arabes qui se refugient du côté espagnol ?

X : C’est ça. Et j’en profite pour dire tout de suite que les tribus maures qui nomadisent en Mauritanie ne sont guère différentes de celles qui errent dans le désert du Sahara occidental.

PP : C’est la même population.

X : En effet. Pour ces nomades, les frontières n’existent guère et ils en profiteront souvent pour échapper à la répression. Toutefois revenons au seul Sahara espagnol. Le territoire est alors composé de deux régions distinctes : le Saguia el-Hamra au nord et le Río de Oro au sud.

PP : « La rivière de l’or ». Et pourquoi ce nom?

X : Le Río de Oro était traversé autrefois par les grandes routes où transitait l’or du Soudan en direction du Maroc. Pour autant, malgré une pacification chèrement acquise, l’Espagne ne s’intéresse jamais vraiment sérieusement à sa colonie et laisse des sociétés privées exploiter les phosphates.

PP : Pourquoi ce désintérêt?

X : L’éloignement peut-être. Et aussi la présence de ces tribus arabes qui connaissent parfaitement le terrain et sont toujours susceptibles de créer de sérieux ennuis aux colons. En fait, vous le verrez, l’Espagne ne se réveillera que lorsque les revendications indépendantistes prendront corps.

PP : Au Maroc ?

X : Et c’est une question particulièrement sensible pour Madrid qui possède une enclave et surtout un protectorat au nord.

PP : Oui dans le Rif.

X : Et c’est aussi très symbolique. Le Rif, c’est le point de départ de la rébellion des généraux putschistes de 1936 qui vont renverser la République espagnole.

(à suivre)

lundi 20 avril 2009

La guerre civile au Salvador - Emission du 20/01/07 - Episode 6

Patrick Pesnot : Et la différence ?

Monsieur X : De l’avis général, Cristiani est plus modéré. Il est aussi plus présentable.

PP : Et comment la guérilla réagit-elle ?

X : Elle espère que l’élection d’un membre de la droite musclée va radicaliser la situation.

PP : Une sorte de clarification.

X : C’est en effet plus simple de lutter contre un gouvernement d’extrême-droite que de s’attaquer à un président démocrate-chrétien. Et fin 1989, le FMLN lance une attaque d’envergure dans les quartiers populaires de San Salvador. L’armée régit avec une extrême brutalité et l’aviation bombarde les positions de la guérilla.

PP : Dans la ville ?

X : Oui et naturellement, comme toujours, ce sont les civils qui trinquent.

PP : C’est donc le retour très marqué de la violence.

X : Et en novembre, des hommes en uniforme s’introduisent dans une université et tuent six jésuites dont le recteur. Tous étaient des intellectuels réputés. Pourtant malgré ce regain de brutalité, la situation évolue peu à peu.

PP : Expliquez alors.

X : Il y a d’abord la lassitude. La guérilla a du mal à mobiliser ses effectifs qui s’amoindrissent. Mais ce qui a surtout radicalement changé, c’est le contexte international.

PP : Oui 1989 c’est l’implosion inéluctable de l’Empire Soviétique.

X : La fin de la guerre froide ruine les arguments de Washington qui soutenait le pouvoir salvadorien au nom de la lutte contre le communisme. D’autre part, les pays voisins pressent les guérilléros d’abandonner le combat.

PP : On s’achemine donc vers la table des négociations.

X : Toutefois, les adversaires veulent négocier en position de force. Donc la guerre civile se poursuit encore quelque temps avant que le secrétaire général de l’ONU, le péruvien Javier Pérez de Cuéllar, n’arrive à obliger les représentants des deux parties à signer un traité de paix au début de 1992.

PP : Sur quelles bases ?

X : La réintégration des guérilléros dans la vie civile. La réduction de moitié des effectifs de l’armée. L’épuration des officiers coupables d’atteintes aux droits de l’homme et une vraie réforme agraire.

PP : Cette réforme tant attendue…

X : … et esquissée sous le règne de Duarte. Mais bien souvent, les paysans à qui on donnait des terres étaient peu après expulsés par les grands propriétaires.

PP : Mais je note quand même que c’est un représentant de la droite dure qui fait la paix.

X : En a-t-il été autrement lorsque Begin le dur de dur a signé un traité de paix avec Sadate ?

PP : Est-ce que cette paix salvadorienne a-t-elle été respectée ?

X : Plus ou moins. En 1993, une dizaine de militants du FMLN, devenu un parti politique, sont tombés sous les balles d’une organisation extrémiste. Et puis il y a eu ces soupçons de fraude lors des élections successives. Enfin si aujourd’hui la paix civile est acquise, le Salvador paie encore les conséquences d’une décennie de violence : enlèvements, assassinats, méfaits du grand banditisme sont encore le lot quotidien des salvadoriens.

PP : Et pour conclure, comment expliquer l’attitude des Etats-Unis ?

X : Fondamentalement, je crois qu’à Washington, on était encore obsédé par le naufrage vietnamien. Et pour reprendre l’expression en usage à l’époque, les Etats-Unis avaient peur que le domino salvadorien ne tombe.

PP : Oui en entrainant dans sa chute les autre dominos d’Amérique Centrale.

X : Et c’est pourquoi, surtout sous la présidence de Ronald Reagan puis sous une moindre mesure sous celle de George Bush senior, les américains se sont tellement impliqués dans cette sale guerre. Alors le livre blanc disait vrai. Il y avait réellement une intervention étrangère au Salvador… mais c’était celle des Etats-Unis.


Livres:

Genèse des guerres internes en Amérique centrale (1960-1983) de Gilles Bataillon
Editeur: Belles Lettres
Parution: 2003

CIA opérations secrètes, 1981-1987 de Bob Woodward
Editeur: Stock
Parution: 1987